Effet du changement climatique sur le secteur agricole français : au moins 30 milliards de pertes entre 2010 et 2024

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22 septembre 2026

En 2022, le conseil général de l’alimentation de l’agriculture et des espaces ruraux estimait à un peu moins de 3 Mds d’euros par an le coût du changement climatique sur le secteur agricole à l’horizon 2050 en prenant en compte l’ensemble des dimensions de coûts envisageables. Si cette étude était un premier signal des pertes potentielles futures, ces dernières pourraient finalement être beaucoup plus importantes que prévu. En effet, Gillet (2026)1 fait état de pertes oscillant entre 1 et 2 Mds d’euros par an pour seulement 7 cultures (soit 16,8% de la valeur produite dans l’agriculture française) depuis 2010.

1 Voir Gillet (2026).

2 La méthodologie suit celle de Deschênes et Greenstone (2007) et Carter et al. (2018).

3 Il a été retenu comme définition de climat une période de 15 ans de variations météorologiques. La définition traditionnelle, correspondant à 30 ans de variations météorologiques n’a pas pu être retenue pour des raisons d’accessibilité des données.

L’étude de Gillet se fonde sur une analyse économétrique de données de panel des rendements agricoles par département sur la période 2010-20242. Les rendements obtenus sous le climat actuel3 sont ensuite comparés à ceux qui auraient été obtenus sous un climat où l’influence anthropique était moindre (soit, celui des années 1950-1965), toutes choses égales par ailleurs. L’analyse porte sur 7 des plus grandes cultures françaises (blé tendre, maïs, pomme de terre, betterave, colza, orge et tournesol). Le principal résultat est que les pertes de rendements liées au climat contemporain sont importantes et peuvent être de plus de 20 % pour certaines années.

Graphique 1. Écart contrefactuel par culture : rendement prédit avec la météo 2010-2025 vs prédit avec le climat moyen 1950-1965 (IC95 %)

Monétarisées aux prix payés aux producteurs, ces pertes sont de l’ordre de 1 à 2 milliards (d’euros de 2025) par an. Les pertes ont augmenté sur les 15 dernières années, mais semblent stagner voire régresser sur les 5 dernières années. Cela pourrait confirmer l’hypothèse selon laquelle les dégâts du changement climatique sur la nature croissent, mais que les agriculteurs s’adaptent au fur et à mesure pour limiter les pertes.

Les cultures les plus touchées par les pertes sont le blé tendre et le maïs, principalement du fait du plus grand volume de production pour le blé, et d’un écart de rendement élevé (plus de 25 % certaines années) pour le maïs.

Graphique 2. Pertes monétaires estimées liées à la météo actuelle : écart entre production prédite avec météo actuelle et production contrefactuelle 1950-1965

Après avoir calculé pour la période 2010-2024 la somme capitalisée4 (pour obtenir une valeur en 2024) des pertes annuelles, les pertes totales sur cette période ont été valorisées à 30 Mds d’euros en 2024.

4 à 3,2%, taux qui est utilisé pour les investissements publics, voir Ni et Maurice (2021).

5 On pense au sorgho qui remplace le maïs ; cela reste cependant trop marginal pour réduire significativement les pertes (voir Agreste (2024)). Cela pourrait cependant changer dans le futur.

Ces résultats sont partiels. Pour calculer le coût global sur l’agriculture il est d’une part nécessaire de calculer les dégâts du changement climatique sur l’ensemble des cultures. Cela permettrait aussi de capter les substitutions de cultures réalisées par les agriculteurs qui s’adaptent5. D’autre part, les dégâts causés par les catastrophes naturelles induites par le changement climatique (dégâts sur les immobilisations agricoles relatives aux feux de forêts ou aux tempêtes par exemple) devraient eux aussi être intégrés.

Au contraire des pertes matérielles occasionnées par les catastrophes naturelles, les pertes de rendements ne sont souvent couvertes ni par des assurances ni par les subventions de l’Etat. Elles incitent donc les agriculteurs à adapter leur production. Se pose alors la question du rôle de l’Etat dans cette adaptation6. Il s’agit au minimum de ne pas légiférer à l’encontre de l’adaptation, c’est à dire de ne pas mettre en place des politiques publiques de court terme qui empêchent ou ralentissent l’adaptation. Cette dernière requiert des investissements lourds (par exemple pour changer de culture) qui doivent être initiés au plus vite. Cela questionne par exemple la pertinence à terme des méga-bassines. Pour déterminer l’action souhaitable de l’Etat, il conviendrait d’identifier la(les) défaillance(s) de marché justifiant son intervention. Certains risques sont-ils non-assurables ? Existe-t-il des externalités (de biodiversité, de paysage etc.) justifiant une protection du monde agricole ? Et si l’Etat intervient, cela doit-il être via la régulation du secteur assurantiel7, le financement d’infrastructures publiques d’adaptation ou des subventions à l’adaptation mises en place par les agriculteurs ?

6 Voir Dolšak et Prakash (2018).

7 Voir OECD (2023).

Le cas de l’adaptation intensifie par ailleurs l’hétérogénéité des agents : non seulement la politique publique d’adaptation devra, comme toute politique publique, prendre en compte l’hétérogénéité des revenus mais elle devra aussi considérer l’hétérogénéité de l’exposition des agents aux risques climatiques. Cela complexifie l’approche, mais les effets redistributifs ne doivent pas être oubliés … sinon nuls doutes que les agriculteurs nous les rappellerons, à grand renfort de tracteurs aux péages des autoroutes.

Bibliographie

Bibliograhie

Agreste (2024). « Des surfaces de céréales orientées à la baisse depuis dix ans », Primeur, n°5.
Carter C., Cui X., Ghanem D., Mérel P. (2018). « Identifying the economic impacts of climate change on agriculture », Annual Review of Resource Economics, 10, p. 361‑380.
Deschênes O., Greenstone M. (2007). « The economic impacts of climate change: evidence from agricultural output and random fluctuations in weather », American Economic Review, 97, n° 1, p. 354‑385.
Dolšak N., Prakash A. (2018). « The politics of climate change adaptation », Annual Review of Environment and Resources, 43, p. 317‑341.
Gillet Y. (2026). « Évaluation monétaire des dommages du changement climatique sur le secteur agricole français », Mimeo.
Ni J., Maurice J. (2021). « Guide de l’évaluation socioéconomique des investissements publics, complément opérationnel I : révision du taux d’actualisation », France Stratégie.
OECD (2023). « Enhancing the insurance sector’s contribution to climate adaptation », 26, OECD Business and Finance Policy Papers, OECD Publishing.

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