Budget 2026 : Un déficit de compromis

Analyse macro et micro économique du budget pour 2026

jeudi 26 février 2026

Vue d’ensemble du budget

👷 Reconstitution du puzzle budgétaire (pas de synthèse budgétaire officielle à l’heure actuelle)

⚠️ Analyse micro réalisée avec les éléments à disposition au 25 février 2026 (par ex. décret sur la PA non paru à ce jour)

⚠️ Analyse des effets du budget 2026 sur la croissance mais pas de nouvelle prévision avec bouclage macroéconomique à ce stade

🗓️ Rdv en Avril pour les Prévisions de l’OFCE actualisée intégrant les nouveaux effets budgétaires

Comparaison PLF 2026 / LF 2026

En points de PIB
PLF 2026 LF 2026
Déficit public 4.7 5.0
Variation solde structurel (=a-b-c) 0.8 0.5
Variation solde structurel primaire (=a-b) 1.0 0.7
Variation taux de PO (a) 0.3 0.3
Variation dépenses publiques primaires structurelles (b) -0.7 -0.4
Variation charges d'intérêts (c) 0.2 0.2
Dette publique 117.9 118.2
Sources : PLF 2026, documents budgétaires, calculs OFCE

➡ Déficit cible révisé à 5,0 % du PIB (vs 4,7 % dans le PLF)

➡ Relâchement budgétaire de 0,3 pt de PIB (≈ 9 Mds €)

➡ Effort structurel réduit : 0,5 pt (vs 0,8 pt dans le PLF)

➡ Adopté via 49.3 suite à une loi spéciale, deuxième année consécutive

Économies structurelles attendues en 2026

En milliards d'euros
PLF 2026 LF 2026 Écart LF - PLF
État hors charges d'intérêts, défense et PSR-UEa -16.2 -16.3 -0.1
Charges d'intérêts 5.8 5.8 0.0
Effort défense 5.3 5.3 0.0
PSR-UE 5.7 5.7 0.0
Collectivités locales -6.4 -3.4 3.0
Sécurité sociale -10.4 -4.1 6.3
Total -16.3 -7.1 9.2
a ² Prélèvement sur recettes pour l’UE qui correspond à la contribution de la France au budget de l’UE. Les chiffrages ici sont en variation par rapport à 2025.
¹ Montants évalués sur la base d’une croissance potentielle nominale de 2,5 % en 2026 (avec une croissance potentielle réelle à 1,2 % et un prix du PIB à 1,3 %). Ces chiffres peuvent être différents de la variation de l’enveloppe budgétaire nominale car ils prennent en compte l’inflation et de la croissance réelle du PIB. Par exemple, l’envelopppe supplémentaire nominale conascrée au bugdet de la Défense est de 6,7 milliards en 2026. Si cette enveloppe suivait la croissance potentielle nominale, elle devrait augmenter de 2,5 %, ce qui correspond à une hausse 1,4 milliards d’euros. Selon nos calculs, la dépense structurelle supplementaire pour la défense n’est donc pas de 6,7 milliards mais de 5,3 milliards d’euros (6,7 - 1,4)
Sources : PLF 2026, documents budgétaires, calculs OFCE

➡ Sécurité sociale : économies réduites de 60 % (10 Mds → 4 Mds €)

➡ Collectivités : effort divisé par 2 (6 Mds → 3 Mds €)

➡ État (hors charges d’ intérêts, montée en charge défense, contribution à l’UE) effort maintenu (~16Mds €)

➡ Renoncement aux mesures les plus contestées (gel des pensions et du barème de l’IR, hausse des franchises médicales…)

Principales mesures fiscales PLF → LF

En milliards d'euros
PLF 2026 LF 2026
Ménages 5.0 1.5
Barème de l'impôt sur le revenu et de la CSG 2.2 0.0
Niches fiscales (forfaitisation de l'abattement de 10 % sur les retraites, fiscalisation des indemnités journalières ALD...) 2.8 0.0
Hausse de 1,4 point de CSG sur les revenus financiers et de la flat tax 0.0 1.5
Entreprises 3.7 7.4
Contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises 4.0 7.3
Suppression progressive CVAE -1.3 0.0
Taxe sur les holdings (ou patrimoines financiers) 1.0 0.1
Sources : PLF 2026, documents budgétaires, calculs OFCE

➡ Gel barème IR et CSG supprimé (−2,2 Mds €)

➡ Suppression écartée de certaines niches fiscales (-2,8 Mds €)

➡ CSG revenus financiers +1,4 pt (+1,5 Md €)

➡ Grandes entreprises plus taxées (+3,7 Mds €)

➡ CVAE : suppression progressive annulée (+1,3 Md €)

Principales mesures budgétaires LF 2026

Mds€ % PIB Impact
Prélèvements obligatoires 9,0 0,29 −0,09
Hausse de 1,4 point de CSG sur les revenus financiers et de la flat tax 1,5 0,05 −0,02
Lutte contre les fraudes fiscales 2,3 0,08 −0,01
Nouvelle contribution exceptionnelle sur GE en 2026 7,3 0,24 −0,07
Prorogation CDHR en 2026 0,7 0,02 0,00
Taxe exceptionnelle sur les complémentaires santé 1,0 0,03 −0,02
Hausse de taux de cotisation CNRACL 1,7 0,06 −0,03
Renforcement malus écologique auto et baisse avantages véhicules thermiques 0,6 0,02 −0,01
Autres (modification allègements généraux, taxe sur les petits colis, hausse DMTO, versement mobilité régionale, taxe holdings...) 1,6 0,05 −0,02
Sous-total Nouvelles Mesures 16,7 0,54 −0,16
Fin de la Contribution exceptionnelle sur les GE et de la CDHR −8,7 −0,28 0,08
Sortie bouclier tarifaire TICFE 1,0 0,03 −0,01
Dépenses publiques −7,1 −0,23 −0,40
Économies sur la dépense publique primaire d'État hors défense, PA, PSR-UE et APD* −16,3 −0,53 −0,43
Effort de défense 5,3 0,17 0,17
Hausse de la prime d'activité (PA) 0,7 0,02 0,02
Charges d'intérêts 5,8 0,19 0,03
PSR-UE 5,7 0,19 0,00
Aide publique au développement (APD) −0,8 −0,03 0,00
Économies Collectivités locales −3,4 −0,11 −0,09
Économies Administrations de Sécurité Sociale −4,1 −0,13 −0,09
Impulsion budgétaire totale −16,1 −0,53 −0,46
Impulsion budgétaire primaire (= sans charge d'intérêts) −21,9 −0,72 −0,48
Sources : PLF 2026, documents budgétaires, calculs OFCE

Règles budgétaires européennes : la France sous tension en 2027

Bilan PSMT 2025–2026 :

➡ Ajustement prévu sur 2 ans : 1,9 pt de PIB

➡ Ajustement effectif sur 2 ans : 1,5 pt de PIB

🟢 Au seuil des règles budgétaire européens : Perte de l’avance (front-loading) mais pas de non-conformité en 2026

Enjeux 2027:

➡ Recommandation probable pour être en phase avec les règles européennes : +0,8 pt de PIB d’ajustement budgétaire primaire

➡ Fin de la contribution exceptionnelle sur les GE, effort supplémentaire de défense et montée en charge de la Prime d’activité : −0,4 pt de PIB

⚠️ Effort brut budgétaire primaire à réaliser : ~1,2 pt de PIB (près de 40 Mds €), significativement plus elevé qu’en 2025 et 2026

Effets redistributifs du budget 2026

Quatre mesures simulées avec Ines

🔵 Modèle de simulation : Ines

Micro-simulation INSEE–DREES–CNAF, législation 2023 — analyse statique de première ordre


🟢 Mesures favorables:

Prime d’activité renforcée

  • Bonification individuelle max : 184 € → 239 €/mois

  • Seuil abaissé de 1,20 à 1,15 SMIC

  • Soutien accru aux bas salaires

🔴 Mesures défavorables:

Suppression majoration pour âge (AF)

  • Majoration versée dès 14 ans → repoussée à 18 ans
  • Application progressive à partir du 1er mars 2026
  • Droits acquis préservés

Hausse CSG revenus du capital

  • Taux : 17,2 % → 18,6 % (soit un PFU : 30 % → 31,4 %)
  • Dividendes, intérêts, plus-values mobilières, LMNP

CDHR renforcée

  • Taux effectif minimal de 20 % au-delà de 250 000 €/an

Impact par vingtième — En euros par ménage

Impact par vingtième — En % du niveau de vie

Gagnants et perdants par vingtième

Effets par type de famille et décile — En euros par ménage

Effets par type de famille et décile — En % du niveau de vie

Gagnants et perdants par type de famille

Focus : réforme des allocations familiales

Suppression de la majoration pour âge — montée en charge (en euros par ménage)

Suppression de la majoration pour âge — montée en charge (en % du niveau de vie)

Perdants par décile et type de famille

Conclusion

➡ Le déficit public atteindrait 5 % du PIB en 2026, contre 4,7 % dans le PLF, soit 9 milliards d’euros supplémentaires.

➡ L’effort structurel est ramené de 0,8 à 0,5 point de PIB, niveau minimal compatible avec les règles européennes.

➡ Une révision à la hausse du déficit qui provient exclusivement de la dépense publique (SS : 10 ➡ 4Mds, CL : 6 ➡ 3Mds).

➡ Les prélèvements obligatoires augmenteront de 0,3 point de PIB.

➡ Selon nos estimations, le budget 2026 retrancherait −0,5 point de PIB à la croissance de 2026 (contre −0,8 dans le scénario initial).

➡ Les moindres efforts budgétaires conduiraient à un ajustement budgétaire structurel primaire de 0,8 point de PIB en 2027. Et même un effort brut de 1,3 point de PIB (40 milliards) si l’on intègre certaines contraintes, soit significativement plus que ce qui a été fait en 2025 et 2026.

➡ Les ménages des 3e au 8e vingtièmes bénéficient de la revalorisation de la prime d’activité.

➡ Les familles avec au moins deux enfants sont pénalisées par la suppression de la majoration à partir de 14 ans.

➡ Les ménages du dernier vingtième supportent l’essentiel de l’effort fiscal.